Bail commercial : qui paie les travaux, la taxe foncière et les charges

    L'article 606, la taxe foncière, les charges récupérables : la répartition décide de votre revenu net, donc du prix de vos murs. Ce que la loi Pinel a verrouillé.

    Par Le Boutiquier
    12/10/2026
    7 min de lecture
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    Bail commercial : qui paie les travaux, la taxe foncière et les charges
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    C'est la partie du bail que personne ne lit avant de signer et que tout le monde relit en cas de litige. Elle décide pourtant de ce qui reste réellement dans votre poche. Entre un bail où la taxe foncière et les gros travaux sont refacturés et un bail où ils restent à votre charge, le revenu net peut varier de 15 %, et la valeur de vos murs d'autant.

    Le principe depuis la loi Pinel : la liberté, mais encadrée

    Avant 2014, la répartition des charges en bail commercial était presque entièrement libre. On trouvait des baux dits « triple net » où le locataire supportait absolument tout, y compris le remplacement de la toiture.

    La loi Pinel du 18 juin 2014 a mis fin à cette liberté totale. Elle impose désormais deux choses. La première : un inventaire précis et limitatif des catégories de charges, impôts et taxes doit figurer au bail, avec leur répartition. La seconde : certaines dépenses ne peuvent plus être mises à la charge du locataire, quelle que soit la rédaction du bail.

    Attention, ces règles s'appliquent aux baux conclus ou renouvelés depuis le 1er septembre 2014. Un bail plus ancien, non renouvelé, reste régi par ses propres stipulations. C'est un point à vérifier avant d'acheter, et un argument de négociation quand on vend.

    Ce qui reste obligatoirement à la charge du bailleur

    Les grosses réparations de l'article 606

    C'est la règle la plus importante. L'article 606 du Code civil définit les grosses réparations : les gros murs et les voûtes, le rétablissement des poutres et des couvertures entières, les digues, les murs de soutènement et de clôture. Tout le reste est réputé réparation d'entretien.

    Depuis la loi Pinel, ces grosses réparations ne peuvent plus être refacturées au locataire, ni les honoraires liés à leur réalisation. Une clause contraire dans un bail récent est réputée non écrite.

    Conséquence directe pour un acheteur : un immeuble ancien avec une toiture en fin de vie porte un risque chiffrable qui n'apparaît nulle part dans le rendement affiché. Provisionnez.

    Les travaux de mise en conformité

    Les dépenses de travaux relatives à la vétusté ou à la mise en conformité du bien avec la réglementation, dès lors qu'elles relèvent des grosses réparations, restent au bailleur.

    Les impôts du propriétaire

    La contribution économique territoriale du bailleur, et plus largement les impôts dont il est personnellement redevable au titre de sa propriété, ne peuvent pas être transférés.

    Les charges des locaux vacants

    Dans un ensemble immobilier, les charges correspondant à des locaux vides ne peuvent pas être réparties sur les locataires en place. Elles restent au propriétaire.

    La taxe foncière : le cas particulier qui vaut cher

    C'est la question la plus posée, et la réponse surprend. La taxe foncière peut parfaitement être refacturée au locataire en bail commercial, contrairement au bail d'habitation. La loi Pinel ne l'a pas interdite.

    Mais elle ne l'est que si une clause expresse du bail le prévoit. En l'absence de clause, elle reste au bailleur. Et l'inventaire exigé par la loi Pinel doit la mentionner explicitement : une formule vague du type « toutes taxes » ne suffit plus pour les baux récents.

    Ce que cela représente : sur des murs loués 30 000 euros avec 2 400 euros de taxe foncière, la refacturation change le revenu net de 8 %. À 8 % de rendement, cela déplace la valeur du bien de 30 000 euros. Pour une ligne dans un bail.

    Deux précisions utiles. La taxe d'enlèvement des ordures ménagères suit le même régime et se refacture couramment. Et l'année de la vente, la taxe se répartit entre vendeur et acquéreur au prorata temporis, mais seulement si l'acte le prévoit : ce n'est pas automatique.

    Ce qui se refacture sans difficulté

    • Les réparations d'entretien courant : tout ce qui n'entre pas dans l'article 606.

    • Les charges de copropriété courantes : nettoyage, ascenseur, espaces verts, gardiennage.

    • Les consommations : eau, électricité, chauffage des parties communes.

    • La taxe foncière et la taxe sur les ordures ménagères, sous réserve d'une clause expresse.

    • Les assurances de l'immeuble, là encore si le bail le prévoit.

    Les deux obligations d'information que les bailleurs oublient

    La loi Pinel impose au bailleur deux documents, et leur absence se retourne contre lui en cas de litige.

    Un état récapitulatif annuel des charges, impôts et taxes, à communiquer au locataire avant le 30 septembre de l'année suivante. Il doit détailler ce qui a été facturé.

    Un état prévisionnel des travaux envisagés dans les trois années suivantes, avec leur budget, communiqué tous les trois ans, ainsi qu'un état récapitulatif des travaux réalisés sur les trois années écoulées.

    Un bailleur qui ne les fournit pas s'expose à voir la refacturation contestée. Un acheteur avisé demande ces documents avant de signer : leur absence en dit long sur la gestion du bien.

    Comment lire un bail en cinq minutes, du point de vue des charges

    1. Cherchez l'inventaire des charges. S'il n'y en a pas et que le bail est postérieur à 2014, la refacturation est fragile.

    2. Cherchez le mot « foncière ». S'il n'y est pas, elle est pour vous.

    3. Cherchez « 606 » ou « grosses réparations ». Une clause qui les met au locataire dans un bail récent ne tiendra pas.

    4. Cherchez « vétusté » et « mise en conformité », les deux postes qui coûtent le plus cher à l'arrivée d'une nouvelle réglementation.

    5. Vérifiez enfin si l'état prévisionnel des travaux a bien été communiqué.

    Ce que cela change au prix de vos murs

    Un acheteur ne raisonne pas en loyer brut mais en revenu net. Deux biens affichant le même loyer et le même prix ne valent pas la même chose si l'un refacture la taxe foncière et l'autre non.

    Le calcul est immédiat : utilisez le calculateur de rendement en mettant la taxe foncière à zéro, puis à son montant réel. L'écart de rendement que vous verrez est exactement ce que la clause vaut.

    Pour un vendeur, la conclusion est pratique : si votre bail est muet ou flou sur la répartition, un avenant de clarification négocié avec un locataire coopératif se rentabilise au centuple le jour de la vente.

    Questions fréquentes

    Mon bail date de 2010 et met tout à la charge du locataire. Est-il encore valable ?

    Oui, tant qu'il n'a pas été renouvelé. Les règles de la loi Pinel s'appliquent aux baux conclus ou renouvelés depuis le 1er septembre 2014. Au renouvellement, la répartition devra se conformer aux nouvelles règles.

    Puis-je refacturer les honoraires de gestion ?

    Les honoraires liés à la gestion des loyers restent à la charge du bailleur. Ceux liés aux travaux peuvent être refacturés, sauf s'ils portent sur des grosses réparations.

    Le locataire peut-il contester des charges déjà payées ?

    Oui, dans la limite de la prescription quinquennale, et d'autant plus facilement si les états annuels n'ont jamais été communiqués.

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    Cet article présente un cadre général. Chaque dossier doit être analysé au cas par cas, avec votre notaire et votre conseil, notamment sur les aspects fiscaux et juridiques.

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